Mes sélections (voir celles de MILLESIMES) sont sévères cette année, tant il y a des crus trop chers
et d’autres à des prix déments dans la région, difficilement cautionnables
désormais, souvent “ciblés” pout l’export, intelligemment délaissés en France
comme en Belgique. En fait, ce n’est pas un problème de prix, mais bien de
rapport qualité-prix. Une bouteille simplement “bonne” à 30 e (minimum) ce
n’est plus acceptable, voilà tout ! Et, connus, anciens, réputés ou non,
il s’agit vraiment de faire attention à certains noms dans la région pour ne
pas se faire avoir. La notoriété, comme à Bordeaux, ne suffit plus.
Pourtant, les vins de Bourgogne que vous allez retrouver dans le Guide cette
année méritent leurs prix, à 10 e comme à 25 e, à 50 e comme à 100 e, certains
dépassant même cette limite pour l’extraordinaire millésime 2005, où la demande
est mondiale. Il suffit de comparer leur qualité intrinsèque à d’autres vins de
mode totalement surcotés que l’on trouve en Languedoc, dans la Vallée du Rhône
et à Bordeaux pour s’en assurer.
La force des terroirs est omniprésente, et on ne doit s’intéresser qu’aux
vignerons dignes de ce nom, ceux qui pratiquent l’amour du terroir associé à
une convivialité exemplaire, et c’est ce qui compte ici, tant cela peut manquer
dans d’autres régions. Car ici, le vin est avant tout un art de vivre. On
partage un moment (et on boit un “canon” en même temps) avec ces vignerons
talentueux et passionnés, souvent très discrets, mais avec lesquels on partage,
quand on les connaît, une convivialité rare.
Ici, il y a donc les incontournables qui élèvent quelques-uns des plus
grands vins rouges du monde (Lamarche, d’Angerville, Trapet, Moillard,
Rebourseau, Bourrée…), ou blancs bien sûr, tant cette catégorie ne supporte pas
de comparaison (Clos des Perrières, Ampeau, Antonin Guyon, Tremblay, Pinson ou
Laroche à Chablis…); d’autres avec des vins vraiment exceptionnels pour leur
rapport qualité-prix-typicité (Blondeau-Danne, Prunier, Laleure-Piot, Marey,
Doudet-Naudin, Audoin, Chevillon…), et enfin un véritable vivier de crus qui
méritent une commande, que l’on retrouve notamment dans la catégorie des
Deuxièmes Grands Vins Classés, dans l’ensemble des appellations.
Bien sûr, il s’agit de savoir faire le bon choix, tant la complexité des
classements en crus, clos, climats, et le fait qu’un vigneron puisse posséder
une multitude de crus dans un périmètre très restreint (quelques ares…) ne
peuvent que multiplier les différences. La Bourgogne est un paradoxe à l’état
pur, où la nature, au travers des terroirs et des microclimats, est
omniprésente.
Comment expliquer que l’on puisse trouver autant de différence entre un
Nuits-Saint-Georges ou un Pommard, un Meursault ou un Montrachet, quand on sait
que le cépage (Pinot noir ou Chardonnay) est unique, et que l’on ne peut pas
“jouer” sur la proportion des raisins ? Quand on se promène entre les
murets qui entourent les vignes des Grands Crus, on voit qu’à quelques mètres
de distance le sol ne produit pas les mêmes crus. L’altitude des vignes, selon
qu’elles se situent à 150 ou 300 m, l’inclinaison des pentes (les meilleurs
vins proviennent des mi-pentes), la richesse des sous-sols en ressources
minérales, en sodium, en oligoéléments… Tout concourt ici, dans un “mouchoir de
poche”, à faire la différence entre un bon vin et un vin sublime. Ajoutez à
cela l’exposition (fondamentale) face aux mouvements du soleil, un territoire
pauvre où la terre est rare, et vous comprendrez l’extrême diversité des grands
vins bourguignons. Globalement, les Grands Crus sont régulièrement “supérieurs”
aux Premiers Crus, l’exception et le talent de l’homme confirmant la règle.
Bien entendu, ici comme ailleurs, quelques producteurs élèvent des vins trop
“travaillés” (et bien chers) où le fût neuf est employé à l’extrême, ce qui
n’est pas pour arranger le Pinot noir notamment, qui demande de la finesse. Il
en va de même pour certains blancs, où la barrique (et tout le baratin que l’on
va vous raconter) ne remplace pas le terroir...
Mes Classements 2008
vous permettent de faire le point, en tenant compte qu’il existe une
véritable hiérarchie interne à chaque catégorie et qu’il ne faut pas comparer,
bien sûr, un classement d’une appellation à celui d’une autre appellation.